Encres

«Le poème est une peinture invisible. La peinture est un poème visible.» Guo Xi (XI e s)

Encres de Chine.

Une seule trace de pinceau, sans repentir possible. La trace est là, définitive, aussi spontanée et libre que le geste qui l’a fait naître, comme pour donner à voir le mouvement, plutôt que la forme achevée.

C’est une empreinte, une projection de soi pour traduire son émotion devant le monde, sa musique intérieure rythmée de doutes, d’interrogations ; sa quête de silence.

Ce sont autant de récits de voyage. Histoire d’un instant, d’une possibilité qui s’est offerte et de sa disparition aussitôt …

Espace jamais achevé, oscillant entre figuration et abstraction, qui propose plutôt qu’impose une ouverture sur un ailleurs.

À chacun d’y découvrir quelque résonance intime…

«L’abstrait d’avantage prend place, abstrait par détachement, purification des présences...»

Henri Michaux

« Il est peu nécessaire pour évoquer- ou créer - un monde d’en imiter les aspects »*

Peindre est pour moi une pratique depuis plus de 15 ans. C’est un rythme de vie, un engagement qui petit à petit est devenu une nécessité intérieure. Mes encres ne sont ni abstraites, ni figuratives, je les décrirais d’avantage comme des abstractions paysagères.Il n’y a pas de volonté initiale de composition ou de thématique, mais un accueil de ce qui vient, de ce qui s’impose progressivement à moi au fil de mes pinceaux.

Faire avec « les défaillances du geste, les caprices de la matière … Les vides et pleins que la vie traverse, suivant les jours »* .Commencer à peindre ce que le langage ne peut exprimer, ce qui est au-delà de son regard et permettre à un instant de se fixer sur le papier.

Avancer dans sa peinture en laissant émerger une vision intérieure à peine perceptible, une émotion cachée.Paysages intérieurs, intimes, dans lesquels chacun, j’espère, pourra cheminer, s’étonner, rêver et peut-être s’y retrouver…

*Yves Bonnefoy: Sur un sculpteur et des peintres . Carnets.Ed. Plon. 1989.